29.10.2007
Petit papa noël
L'auteur a encore pondu une histoire de noël. A la veille d'Halloween, le lecteur est en droit de s'interroger....

Papa me dit souvent de me tenir tranquille. Il dit que je fais trop d’histoires, qu’à mon âge (j’ai sept ans), si l’on n’est pas sage, on finit très mal quand on devient grand. Personnellement je ne veux pas grandir donc les remontrances de mon papa ne me font ni chaud ni froid.
Je joue et je casse mes jouets. Je chaparde des bonbons, des parfums aussi, des trucs sans importance, les choses que les grands cachent dans leurs placards, les bijoux, les bibelots, les produits de beauté. Les tampons aussi, tellement rigolos quand je les lâche dans les toilettes : ça s’ouvre comme une fleur qui éclot en accéléré à la télé. J’aime fouiller, ça c’est sûr, mais je suis prudente et je me fais rarement prendre. Je remets les choses comme je les ai trouvées. J’invente des histoires aussi. C’est à cause d’elles que je fais des bêtises. Je dirais que je serais un ange et me voilà sur le toit avec deux ailes en carton. Je dirais que je serais cuisinier et les tupperware de maman fondent sur la gazinière. Je dirais que je serais maman et mon petit frère tombe de la table à langer. Alors papa gronde et me punit, mais maman vient m’embrasser quand même dans ma chambre. Pour me consoler elle me dit souvent que je suis une petite fille extraordinaire et que forcément une petite fille extraordinaire ne fait jamais les bêtises des petites filles ordinaires. J’espère que papa aussi aime mon extraordinaireté. Enfin, c’est quand même pas sûr.
Mon papa est un rattrapeur de bêtises, mais son vrai travail c’est plutôt vendeur de voitures. C’est sûr que comme il dit, il est pas payé pour rattraper mes c…. Maman elle, c’est un distributeur d’amour et j’ai une carte à débit illimité. Mais maman ne sait pas rattraper mes bêtises, elle ne sait pas calmer les professeurs énervés, les parents des enfants amochés, les petits vieux qui se retrouvent le cul sur le trottoir avec une hanche cassée. Généralement, maman sourit, me prend par la main, et me dit de marcher très vite. Mon petit frère lui, il ne fait rien. Ni bêtises, ni baisers, ni sourires. Il a trois mois et il est minuscule. Des fois je le regarde longtemps tordre sa petite bouche et son nez riquiqui. Il devient tout rouge et là je sais qu’il va pleurer. Des fois je voudrais lui parler mais je n’ose pas, rapport à la fois où il est tombé à cause de moi. J’attendrai qu’il soit plus grand pour jouer avec lui. Papa dit d’attendre qu’il puisse se défendre.
Aujourd’hui, c’est Noël. Hier, c’était donc la veille. Maman avait préparé un vrai repas de fête avec tout ce que j’aime. Il y avait des pâtés, des crevettes, des patates sautées, de la dinde et des marrons, et de la bûche. Papa avait décoré toute la maison avec des guirlandes et des petites figurines, et surtout le grand sapin qu’il a été chercher la semaine dernière chez Monsieur Jean, le voisin. J’ai eu le droit de décorer moi aussi. J’ai fait cinq grands dessins que papa a accroché aux murs et des petits pères noël en carton rouge avec du coton hydrophile pour la barbe. D’ailleurs c’est à cause d’un père noël que j’ai fait ma plus grosse bêtise depuis que je suis née.
Hier après-midi, je suis allée jouer dehors avec mon ballon bleu, celui avec des petits chiens dessus. En général voilà comment je joue : je laisse rouler le ballon du haut de l’allée pavée jusqu’en bas et moi je sautille devant et je dirais que ce serait mon chien. Je lui dis de courir et arrivée en bas je lui dis d’arrêter. Je jouais comme ça hier quand un père noël est venu me parler. Il marchait au bord de la route, dans son costume comme on les voit d’habitude. Il avait aussi un gros sac de sport où il avait, il a dit, tous les cadeaux de l’année pour mon frère et moi. Il m’a dit aussi qu’il était très fatigué de sa tournée et qu’il aimerait bien se reposer un peu chez nous, comme on était les derniers du village (ce qui est normal parce que notre maison est au bout de la rue ; on est même après le panneau donc techniquement on n’est même peut-être pas vraiment des habitants d’ici). Il m’a dit qu’il se reposerait jusqu’à ce qu’on dorme tous et qu’après il disposerait nos cadeaux au pied du sapin et reprendrait la route pour rentrer dans son royaume. J’ai dit d’accord mais il m’a dit que d’habitude personne ne voit le père noël parce qu’il doit garder son mystère, mais que là il avait fait une exception parce qu’il était vraiment fatigué et que j’avais l’air de savoir garder les secrets. Alors il m’a dit de ne rien dire à papa et maman, ni à mon petit frère pour ne pas lui gâcher la surprise (même si de toute façon je ne lui parle pas). Il m’a fait promettre, juré, craché et je lui ai dit qu’il pouvait se cacher dans ma chambre.
On est montés tous les deux pendant que papa était au garage et que maman donnait son bain à mon petit frère. J’avais envie de rire. On aurait dit deux agents secrets. J’ai donc mis le père noël dans mon placard qui est quand même un très grand placard. En fait, c’est un placard encastré dans le mur avec une drôle de porte qu’on appelle kazed et mon papa a mis dedans un petit bureau et une armoire pour mettre mes vêtements. Il y a aussi de la lumière et un petit fauteuil et le père noël a dit qu’il serait très bien pour se reposer. Après je suis allée chaparder quelques gâteaux à la cuisine, j’ai fait un sandwich avec du jambon et un peu de fromage et j’ai amené tout ça à mon petit papa noël. Il était bien content. Il m’a dit merci et après on a parlé pendant qu’il mangeait. Des miettes se sont collées à sa barbe blanche, c'était rigolo. Je lui ai raconté maman et papa et aussi mon petit frère. Il m’a dit que j’avais beaucoup de chance d’avoir une si jolie famille. Je voulais lui demander comment c’est chez lui, et s’il a une femme et des enfants ou des lutins mais maman m’a appelée parce que c’était l’heure de dîner.
On a bien mangé. Il y avait papy et mamie aussi. Je me suis régalée et surtout je n’arrêtais pas de sourire en pensant au père noël caché dans mon placard. Papa, comme d’habitude, m’a dit plusieurs fois de ne pas mettre ma tête dans mes mains, de me tenir droite et de finir mon assiette, sinon il a dit que le père noël ne viendrait pas cette année et que je n’aurais pas de cadeaux. Dans ma tête je rigolais bien : le père noël je savais où il était. Et puis tout le monde a été très surpris après le dîner quand je suis allée me coucher sans faire d’histoires. J’ai été obligée de dire que j’étais fatiguée sinon ils seraient tous devenus soupçonneux. J’avais hâte de retourner voir mon placard et de parler encore au père noël. Je me suis vite mise en pyjamas mais le petit papa dormait déjà. Alors j’ai juste mis un chocolat, le dernier du calendrier de l’avant, sur son sac de sport. J’aurais pu regarder les cadeaux à ce moment là mais j’ai pensé que le sac était peut-être protégé par un sort magique ou quelque chose comme ça, ce qui serait normal vu que tous les enfants doivent essayer de regarder dedans. Donc je suis allée me coucher et j’ai rêvé du père noël et des cadeaux. J’étais sûre d’avoir ce que j’avais commandé car quand j’en avais parlé au père noël dans l’après-midi, il avait eu l’air au courant et m’avait même fait un clin d’œil.
Dans la nuit je me suis quand même réveillée : je me demandais si le père noël était déjà parti. J’ai regardé dans le placard et il n’y était pas. Son sac aussi avait disparu. Alors je me suis dit qu’il était bel et bien parti et j’ai voulu descendre dans le salon vérifier qu’il avait bien laissé les cadeaux sous le sapin (j’en étais presque sûre à 100% mais on n’est jamais trop prudent). En passant devant la chambre de mon petit frère, j’ai entendu des bruits bizarres, un peu comme des petits cris. La porte était entrebâillée et je n’ai eu qu’à la pousser un tout petit peu pour voir le père noël debout devant le berceau. Il me tournait le dos et son pantalon était descendu jusqu’aux chevilles. Là je me suis dit en rigolant que le père noël avait des fesses toutes blanches. J’ai pas rigolé longtemps car mon père est arrivé. Il m’a poussée sur le côté et avec le grand fusil de chasse qu’il enferme à clé dans l’armoire de son bureau, mon papa a tiré sur le père noël. La balle a dû faire un gros trou mais comme le costume était rouge on n’a pas vu vraiment le sang. Sauf celui qui a éclaboussé sur les murs de la chambre.
C’est comme ça que j’ai découvert que le père noël n’existait pas.
11:58 Publié dans Le conte est bon | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, nouvelles et textes brefs, contes pour adultes
25.08.2007
Le conte du week-end : l'histoire de la petite fille qui voulait changer le monde
Conte à l'usage des adultes et autres enfants ayant grandi.

Il était une fois l’histoire d’une petite fille qui voulait changer le monde. Cette histoire s’est déroulée il y a quelques minutes, dans un pays très lointain juste à côté de chez moi (mais j’habite moi-même très très loin). Ce jour là donc, naquit une petite fille vachement normale avec deux bras, une tête, deux jambes et une couche sur les fesses. Elle avait un papa et une maman, tous deux vachement contents de leur nouvel achat : une magnifique poussette trois roues qu’on peut même faire du roller avec. Bref, une petite fille comme les autres en apparence, mais en apparence seulement. Car toute petite qu’elle était, elle avait décidé de changer le monde.
D’abord elle ne fit rien. Cela dura sept ans environ. Sept années pendant lesquelles elle observa patiemment ce qui l’entourait. Et ce qu’elle vit la confirma dans l’idée que le monde devait être changé. Partout les gens souffraient. A la télévision, dans la rue. Ils avaient faim, ils avaient froid, ills faisaient la guerre, ils étaient blessés ou malades, ou pauvres, ou seuls, ou tout à la fois. Pendant ce temps-là, la petite fille grandissait. Elle comprit très vite que les adultes en tout genre qui peuplaient son univers (parents, professeurs, médecins, oncles, tantes…) étaient bien impuissants. D’ailleurs ils le disaient eux-mêmes. Lorsque la petite fille leur demandait : « Et toi, tu sais changer le monde ? » ils répondaient en hochant la tête, un sourire aux lèvres : « Bien sûr que non, ha si j’avais ton âge, peut-être. Tu verras quand tu auras le mien ». La petite fille pensait que c’était bien dommage.
Un mois de mars en apparence comme les autres, mais en apparence seulement. Un soir de ce mois-là, le papa de la petite fille rentra plus tôt que d’habitude. Il resta assis longtemps dans la cuisine en grande conversation avec maman. Puis ils pleurèrent tous les deux et allèrent au lit. Le lendemain, le papa resta à la maison alors qu’il n’était pas malade. Les jours passèrent sans qu'il retourne travailler. Finalement il n’y retourna jamais. Lorsqu’elle lui demanda pourquoi, le papa de la petite fille hocha la tête en souriant :
« C’est compliqué tu sais. L’entreprise dans laquelle je travaille a licencié la moitié du personnel ».
« Qu’est ce que ça veut dire licencier ? », demanda la petite fille.
« Ca veut dire mettre à la porte. Ca veut dire qu’on n’a plus de travail ».
« Et pourquoi ils ont fait ça, papa ? »
« Je ne sais pas ma chérie. C’est la direction qui décide ces choses là ».
Ayant répondu, pensait-il, aux interrogations de sa fille, le papa s’en alla au jardin bêcher les pieds de tomates, en songeant aux factures de ce mois là, et de tous les autres aussi.
Quant à la petite fille, elle s’en alla prendre son goûter à la cuisine et songea qu’enfin elle avait trouvé quelqu’un qui pourrait l’aider, quelqu’un qui pourrait changer le monde. Un peu.
Elle se rendit le lendemain matin dans les bureaux de la direction.
L’entreprise de son papa, ou plutôt l’ancienne entreprise de son papa, était un vaste complexe industriel qui trônait, telle une grosse verrue grise, au milieu des champs, un peu après la sortie de la ville. Avec ses immenses tuyaux de fer un peu rouillés, ses grandes cheminées qui crachaient des nuages noirs et ses hauts grillages de vraie-fausse prison, elle ressemblait à un gros paquebot échoué. « C’est très triste un paquebot échoué », pensa la petite fille. « C’est très moche aussi », se dit-elle encore en passant la grande barrière qui délimitait très précisément le monde du dehors et le monde du dedans. Arrivée dans le bureau de la direction, la petite fille fut surprise de constater qu’il ne s’y trouvait qu’un petit homme qui semblait se cacher derrière son grand bureau. C’était lui l’homme très puissant qui pouvait renvoyer tout le monde ? C’était lui la direction ?
La petite fille lui demanda néanmoins :
« Est-ce que tu sais changer le monde ? Est-ce que tu pourrais redonner leur travail aux gens ? »
Alors le directeur, car s’en était bien un, hocha doucement la tête en souriant :
« Chère petite, ce n’est pas moi qui peut changer les choses, c’est le groupe ».
La petite fille ne voyait pas très bien ce que pouvait être ce groupe si puissant ni où il se trouvait, mais elle se dit que lorsqu’on veut changer le monde, il faut le vouloir très fort et parfois partir très loin.
Alors la petite fille dit au revoir à ses parents et partit pour la Très Grande Ville où, disait-on, tous les groupes avaient élu domicile.
Elle arriva bien vite dans ce qui semblait être leur repère. Une immense champignonnière où avaient poussé, abomination de la nature des hommes, des dizaines, des centaines ? d’immeubles vitrés. La petite fille devait lever la tête pour apercevoir le ciel. Le soleil, lui, avait disparu depuis longtemps derrière les monstres de verre. La petite fille se dit que décidément, tout cela était très moche. Plus moche encore que le paquebot abandonné. Lorsqu’elle arriva dans le bureau du conseil d’administration (c’est du moins ce qu’on lui avait dit), elle se trouva une fois encore devant un petit monsieur bien inoffensif en apparence. Mais en apparence seulement. Elle n’eut pas besoin de parler car le petit monsieur prit la parole en premier :
« Je t’attendais petite fille, laisse-moi t’expliquer »
Et le petit monsieur expliqua. Pendant trente minutes, il disserta, énonça, démontra, agita des dizaines de graphiques colorés et de tableaux bien proprets, des chiffres bien rangés, solides soldats témoins de l’incroyable bataille : la guerre économique !!!! La mondialisation, les coûts, la concurrence, les chinois… Vous pourriez croire que la petite fille ne comprit rien du tout. Et bien détrompez-vous. D’ailleurs elle ne fut pas surprise le moins du monde lorsque le petit monsieur hocha la tête en souriant et lui dit :
« Tu vois petite, moi non plus je ne peux rien faire. »
Il ajouta :
« Mais je t’aime bien et si tu veux, je te donnerai l’adresse de quelqu’un qui peut t’aider. Quelqu’un qui peut changer le monde »
« C’est un directeur ? », demanda la petite fille.
« Non », répondit le petit monsieur.
« C’est un groupe ? »
« Non petite. C’est un président. »
Et la petite fille se remit en route.
Lorsqu’elle arriva à l’adresse indiquée, elle se dit qu’au moins le Président habitait une bien jolie maison. Ce n’était ni une verrue d’acier, ni un monstre de verre. C’était une grande maison blanche avec de beaux jardins.
Une fois dans le bureau du Président, la petite fille se dit qu’il était peut-être l’homme qu’elle cherchait. Il était grand, souriant, et ne se cachait pas derrière un bureau. Il vint à sa rencontre et serra longuement la petite main dans la sienne. Puis il la fit asseoir dans un grand fauteuil de velours rouge.
Sans attendre, la petite fille lui demanda :
« Est-ce que tu peux changer le monde ? ».
Alors le Président éclata d’un petit rire bien innocent en apparence, mais en apparence seulement. Son petit rire monstrueux s’introduisit dans les oreilles de la petite fille et se faufila jusque dans son cœur. Là, le petit rire monstrueux que les adultes donnent si souvent à entendre aux enfants, le petit rire monstrueux de certitudes, le petit rire monstrueux détruisit tous les rêves du plus petit jusqu’au plus insensé.
Et la petite fille qui voulait changer le monde mourut.
On ne retrouva d’elle qu’un petit corps ratatiné qui hochait la tête en souriant.
Voilà pourquoi, depuis ce jour, les enfants n’ont plus envie de changer le monde. Eux non plus. A moins que….
12:35 Publié dans Le conte est bon | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, nouvelles et textes brefs, contes pour adultes
22.06.2007
La merveilleuse histoire de BigFoot, la princesse aux grands pieds (Part IV)
Résumé des épisodes précédents : Kamyo le cordonnier des stars a pondu une paire de grolles sur pilotis (picots à bouts plats de 5 centimètres environ), semelles titane, intérieur molleton épaisseur triple.
A peine BigFot posa-t-elle le pied à terre, qu'on vit se dessiner sur son visage un très large sourire (de l'oreille gauche jusqu'à l'oreille droite), découvrant des dents que l'on n'espérait plus revoir et une fossette négligemment posée sur le menton.
- La princesse n'a plus mal!
- La princesse n'a plus mal!
On s'empressa de faire prévenir le roi et aussi de détacher le pauvre cordonnier que plusieurs cochons tentaient déjà de renifler.
Puis ce fut liesse au château, comme on n'en avait plus vu depuis la dernière édition d'inter-royaumes, et l'on but et l'on chanta et l'on dansa. La princesse surtout, à plusieurs centimètres du sol grace aux chaussures sur pilotis, dansa plus que les autres : jusqu'à l'aube du sur-sur-sur-surlendemain. Les pieds bien protégés par l'invention du nouveau chevalier Kamyo (dans ce royaume-là, on n'aimait point faire traîner les nominations), la princesse semblait ne plus devoir s'arrêter.
Las, la princesse dû finalement se rendre à l'évidence : malgré son enthousiasme, elle n'était pas vraiment la meilleure des danseuses. En effet, la longueur et la largeur de ses pieds la faisaient labourer constamment ceux de ses partenaires et les picots - aïe - les picots n'arrangeaient rien, et pour tout dire, compliquaient tout. Il n'y eut bientôt plus un seul cavalier valide dans tout le royaume.
Heureusement, il advint qu'on venait d'inventer un nouveau jeu de balle où les coups de pieds puissants et précis de la petite princesse allaient faire bientôt merveille et les picots - ha - les picots servir de crampons...

Ainsi fut nommé le football en hommage à BigFoot, la princesse aux grands pieds et qui devait devenir quelques années plus tard, championne du royaume puis du monde puis de tous les autres mondes.
Et l'on raconte qu'aujourd'hui encore, quand ceux que l'on appelle footballeurs font résonner leurs chaussures à crampons sur les sols carrelés des vestiaires, la musique irrégulière et sonore ainsi créee voyage jusqu'à la princesse aux grands pieds. Là, dit-on, elle soupire en pensant à sa carrière brisée de danseuse de salon, tant il est vrai n'est-ce pas? que l'on n'est jamais content de son sort...
08:25 Publié dans Le conte est bon | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, nouvelles et textes brefs, conte
21.06.2007
La merveilleuse histoire de BigFoot, la princesse aux grands pieds (Part III)
Résumé des épisodes précédents : La princesse est du genre panard boiteux mais Kamyo le cordonnier des stars pense avoir la solution...
Il s'enferma avec sa boite à outils dans un cabinet prêté par le gouvernement (depuis longtemps déjà, les pieds de la princesse étaient devenus affaire d'Etat) et on l'entendit percer, usiner, coudre, souder, coller, poncer, étirer, pincer, scier, visser pendant 40 jours et 40 nuits.
On allait perdre espoir de le jamais revoir vivant quand Kamyo, cerné et amaigri, sorti du cabinet... une gigantesque paire de pompes à la main. Et des grolles comme ça, mon dieu! on n'en avait point vu auparavant : en cuir noir brillant, jeu de lacets compliqué sur le dessus, des bandes blanches sur les côtés, les chaussures royales étaient également dotées d'une dizaine de gros picots métalliques à bouts plats de cinq centimètres environ et qui saillaient sous la semelle. On aurait dit, mon dieu! un drôle de hérisson à l'envers.
- Sa majesté ne peut pas porter ça! s'étouffa immédiatement le chef du protocole.
- Chaussures sur pilotis, semelles en titane, intérieur molleton épaisseur triple . Garanties satisfait ou remboursé, sourit Kamyo en lui tendant les deux énormes choses.
- Disons alors satisfait ou piétiné vivant par vingt cochons royaux.
- Marché conclu, soupira le cordonnier habitué aux exigences de sa clientèle.
Et tandis qu'on attachait Kamyo aux portes de la porcherie (principe de précaution avait dit le chef du protocole), un majordome en livrée apporta sur un plateau d'argent les deux improbables savates.
La princesse n'eut même pas l'air surprise en les enfilant tant l'inactivité forcée devait avoir attaqué quelques cellules cérébrales sous la couronne ici-présente.

Et pourtant, mon dieu! l'effet de ces pompes-là fut immédiat...
08:30 Publié dans Le conte est bon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, nouvelles et textes brefs, conte
20.06.2007
La merveilleuse histoire de BigFoot, la princesse aux grands pieds (Part II)
- Que veux-tu Kamyo?
- Je veux quelques instants pour faire mon baratin.
- Et que vends-tu Kamyo?
- Des chaussures orthopédiques pour les princesses aux pieds fragiles.

Bien sûr, on s'empressa tout de suite auprès de Kamyo - rafraichissements, une chambre pour la nuit - et on le conduisit dans les appartements de BigFoot, la princesse aux grands pieds.
Kamyo, qui était bien petit, s'enfonça jusqu'à la taille dans l'épaisse moquette qu'on avait installé dans l'espoir d'adoucir les déambulations princières. Heureusement, deux gardes chaussés de raquettes et habitués des lieux l'aidèrent bien vite à se mouvoir en le prenant l'un sous les bras et l'autre par les pieds. Kamyo n'en croyait pas ses yeux : Une moquette si épaisse et...? Mais on lui assura que oui, malgré la moquette et les semelles, la princesse, pauvre princesse, ne pouvait mettre le pied à terre sans hurler de douleur.
Puis on déposa le petit cordonnier aux pieds (immenses) de BigFoot.
- Pouvez-vous m'aider? soupira la princesse, qui en avait vu d'autres avant lui s'acharner sans réussir à protéger ces monstrueux petons.
Kamyo réfléchit un moment puis répondit solennellement,
- Oui votre Altesse. Je le crois.
- Alors faites, faites, répondit en baillant la princesse, que le manque d'activité ce jour-là rendait particulièrement amortie.
Et Kamyo se mit au travail...
08:30 Publié dans Le conte est bon | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, conte, nouvelles et textes brefs, princesses
19.06.2007
La merveilleuse histoire de BigFoot, la princesse aux grands pieds (Part I)
Il était une fois une princesse, mon dieu! dont les pieds immenses dépassaient en longueur et en largeur ceux des princes et des rois et même les ours ici-bas, dit-on, chaussaient petits petons à côté de BigFoot, la princesse aux grands pieds.
Pour le reste, mon dieu! tout allait très bien merci. Des yeux grands comme deux lacs, une peau blanche-neige, aucun lien d'ailleurs car BigFoot était fille unique, et des cheveux longs comme un jour de pluie. Princesse petit format, des mains, des oreilles, de la taille et jusqu'au bouton de rose cousu sur sa bouche, BigFoot ressemblait à une poupée.... mais des pieds, mon dieu! on n'en pouvait rien cacher.
Gros panards épais et laids, les pieds de BigFoot étaient surtout particulièrement sensibles. Comme sa cousine la princesse au pois, BigFoot avait le pied si tendre que la moindre aspérité du sol la blessait jusqu'au sang. Le cordonnier royal avait bien eu l'idée de semelles épaisses mais rien, non rien n'y faisait, et les minuscules cailloux devenaient autant d'échardes sous les pas de la pauvre princesse.
Pauvre BigFoot condamnée à la chambre, incapable de marcher, de danser, de courir.
Jusqu'au jour où l'on vit se présenter aux portes du palais un marchand itinérant du nom de Kamyo...
08:30 Publié dans Le conte est bon | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, conte, nouvelles et textes brefs, princesse








