21.09.2007

Les clichés, leur vie, leur oeuvre

Dans un bar, deux bourgeoises, quelques piliers et pas mal de connerie.

- Bourgeoise 1 : Anne-Béatrice ne peut pas avoir d'enfants. Charles et moi pensons qu'elle est stérile.

- Poivrot 1 : C'est comme moi, le jour où ils ont détruit le mur de Berlin, j'ai commencé ma clôture. Ben j'lai toujours pas fini!

- Bourgeoise 2 : Vraiment? Quelle horreur! Pauvre petite...

- Bourgeoise 1 : Comprenez-moi bien : je dis stérile, c'est dé-fi-ni-ti-ve-ment stérile. Charles et moi l'avons fait consulter chez le Docteur Pontois.

- Poivrot 2 : Moi je vote Le Pen.

- Bourgeoise 2 : Vous avez très bien fait, il est formidable!

- Poivrot 3 : Bah t'es con toi, Le Pen c'est un facho.

- Bourgeoise 2 : D'ailleurs comment va-t-il? J'ai entendu dire qu'il déménageait dans le 7ème?

- Poivrot 2 : Peut-être mais avec lui chuis sûr du résultat.

- Poivrot 3 : Bah avec les autres aussi.

- Poivrot 2 : Quels autres?

- Bourgeoise 1 : Absolument! Un immeuble superbe, et tellement mieux fréquenté.

- Poivrot 3 : Ben Sarko, Ségo, Besancenot...

- Poivrot 2 : Et ben?

- Poivrot 3 : Ben t'es sûr aussi!

- Bourgeoise 1 : Anne-Béatrice était ravie!

- Poivrot 2 : De quoi?

- Poivrot 3 : Ben ce que t'as dit, Le Pen tout ça.

- Bourgeoise 2 : Et pour son... son problème, qu'en a dit le Docteur Pontois?

- Poivrot 2 : Je sais plus. T'as une carte d'électeur toi?

- Poivrot 3 : Ouais et toi?

- Poivrot 2 : Ouais. Faut voter j'dis.

- Poivrot 3 : Ouais mais pour qui?

- Bourgeoise 1 : L'adoption ma chérie. Charles et moi étions tout à fait bouleversés.

- Poivrot 2 : Le Pen il dit que les noirs ils devraient pas voter.

- Bourgeoise 2 : Mon Dieu! Et Anne-Béatrice?

- Poivrot 3 : Il a raison dans un sens. Faut pas laisser voter les types qui pigent que dalle à la politique.

- Bourgeoise 1 : Vous savez comme sont les jeunes... elle s'est mise en tête d'adopter un...

- Poivrot 1 : La cigarette, ça fait chier tout le monde qu'est autour, d'accord? Que l'alcool, si tu parles à personne...

- Bourgeoise 2 : Un...?

- Poivrot 1 : ...et que tu ramasses tes canettes...

- Bourgeoise 1 (baissant la voix) : Un noir.

- Poivrot 1 : ... j'vois pas l'problème.

- Bourgeoise 2 : Un quoi?

- Bourgeoise 1 : Un noireuuu!!!

- Barman : Et un expresso pour Madame!! Et pour l'autre dame ce sera?

- Bourgeoise 1 : Non non pas d'expresso pour moi.

- Barman : Excusez j'avions cru. Elle veut?

- Bourgeoise 1 : Une menthe à l'eau, s'il vous plait.

- Barman : Et pour votre collègue?

- Bourgeoise 2 : De même.

- Barman : Et deux même choses pour les p'tites dames!

 

Image : Durdecifer

07.08.2007

Symptôme - Scène manquante... ou pas



Symptôme, pièce bordélique en plusieurs actes : quelqu'un, quelque part semble avoir retrouvé la suite de la scène 3. A moins que ça ne se passe avant, allez savoir....

La patiente est assise par terre, face public au pied du divan. Le psychanalyste est également assis par terre, de profil, le dos appuyé contre l’un des accoudoirs. Il regarde droit devant lui, les genoux repliés sous son menton.

La patiente : J’attends toujours

Le psychanalyste : C’est hors de question.

La patiente : Soyez raisonnable...

Le psychanalyste : N’insistez pas j’ai dit non!

La patiente : Vous savez que je pourrais vous en vouloir ?

Le psychanalyste : Pourquoi ?

La patiente : Pour ça ! Je pourrais partir…

Le psychanalyste : Allez-y foutez le camp. Je ne vous retiens pas.

La patiente : Très bien !

Le psychanalyste : Je sais que vous êtes encore là. Vous ne partirez pas.

La patiente : Très bien ! (elle quitte la scène)

Le psychanalyste : Vous êtes encore là ? (Un temps - Il se lève) Katherine !

Elle revient sur scène – Il repart aussitôt se cacher

La patiente : Vous êtes ridicule vraiment !

Le psychanalyste : Je sais.

La patiente : Alors maintenant montrez-vous!

Le psychanalyste : Non.

La patiente : Je vous ai dit de vous montrer ! Vous êtes usant à la fin. Je vous répète que cette histoire m’est complètement égal !

Le psychanalyste : Justement ! Je ne vois pas l’intérêt de vous ennuyer davantage avec quelque chose qui vous est complètement égal !

La patiente : Ce n’est pas ce que je voulais dire.

Le psychanalyste :Et qu’est ce que vous vouliez dire exactement ?

La patiente : Et bien que… ça m’est égal dans le sens, ce n’est pas si grave, je ne vous en veux pas.

Le psychanalyste : Vous mentez, j’en suis sûr !

La patiente : Je ne mens jamais ! Croix de bois, croix de fer !

Le psychanalyste : Mon dieu ! Vous avez des expressions… !

La patiente : Quoi j’ai des expressions ?

Le psychanalyste : Des expressions de bonne femme !

La patiente : Et alors ?

Le psychanalyste : Et alors rien c’était pour parler.

La patiente : Vous voulez parler ? Et bien parlons ! Parlons-en ! Racontez-moi encore ! Peut-être que là ça me fera quelque chose ?

Le psychanalyste : Rien ! Ca ne vous fera rien du tout parce que je ne vous dirais rien du tout !

La patiente : Ce que vous pouvez être borné tout de même.

Le psychanalyste : .....

La patiente : S’il vous plait. Redites le moi. Je crois que je n’avais pas très bien entendu. Surtout le début. C’est important vous savez le début. Si on n’accroche pas dès le début, pschitttt !

Le psychanalyste : Pschitt ?

La patiente : Ben on décroche.

Le psychanalyste : Et vous vous avez décroché dès le début ! Pschittt ! Comme ça ! Une minute et pschitt ! Ca prouve bien que ça ne vous intéressait pas du tout !

La patiente : Mais non voyons !

Le psychanalyste : Ca ne vous intéressait pas du tout je vous dis ! Au début, à la fin, RIEN ! Vous avez un cœur de pierre !

La patiente : Ce n’est pas vrai ! C’est de votre faute aussi !

Le psychanalyste : Ma faute !? C’est trop fort ! Ma faute !

La patiente : Oui votre faute ! Vous n’articuliez qu’un mot sur deux ! J’ai crû que vous récitiez une poésie…un peu comme des vers libres, la poésie moderne vous voyez?

Le psychanalyste : Et pourquoi, dites-moi, pourquoi je vous aurais récité une poésie ?

La patiente : Ben pour me dire la même chose…. Mais en poésie.

Le psychanalyste : Vous avez vraiment crû ça ?

La patiente : Oui.

Le psychanalyste : Ca veut dire que vous auriez préféré une poésie ?

La patiente : Non ! Ca veut dire AR-TI-CU-LEZ !!!!

Le psychanalyste : C’est bon ! Je ne suis pas sourd ! Inutile de hurler comme ça.

La patiente : Je n’ai pas hurlé. Dites.

Le psychanalyste : Mais là vous m’écouterez ?

La patiente : Oui.

Le psychanalyste : Vous m’écoutez ?

La patiente : Oui. Je n’écoute que vous.

Le psychanalyste : Vous n’allez pas décrocher comme tout à l’heure ?

La patiente : Non. Regardez, je me couche. J’ai posé ma tête. J’ai fermé les yeux. Je suis là. Je ne bougerai pas. Je ne partirai plus. Allez-y maintenant : dites-le encore une fois. (elle ferme les yeux)

Le psychanalyste : Katherine, je vous aime.

Noir.

25.07.2007

Symptôme - Scène 3



Symptôme : Pièce en plusieurs actes dont vous n'aurez ni le début, ni la fin. Et oui, ça arrive...

Le psychanalyste parle dans son dictaphone mais sans. Il est assis sur l’un des accoudoirs et regarde droit devant lui. La patiente, elle, s'est endormie sur le divan.

Le psychanalyste : La patiente souffre d’une psychose compulsive et pulsionnelle, expression d’une instance surmoïque, archaïque, prophylactique, sympathique, oh oui follement sympathique. La patiente souffre d’une…. Elle souffre d’un… La patiente souffre. Son cœur souffre. Son ego souffre. Son cœur aussi. Et sa bouche. Le pli au creux de sa bouche quand elle sourit. Elle a souri. Je crois. Vous la voyez ? Je crois qu’elle a souri. Je ne sais pas , ça se sent. Elle est si proche. Je la sens sourire.
Bon.
L’espace psychique de la patiente est follement anobjectal. J’ai dit follement ? Peut-être. Elle est folle probablement. Mais d’une jolie manière, vous ne trouvez pas ? Oui. La patiente souffre de folie et cette folie s’exprime d’une très jolie manière. Surtout quand ses cheveux ondulent. Les cheveux ondulent actuellement dans le dos de la patiente, qui souffre d’une fort jolie manière de folie anobjectale. Je sais qu’ils ondulent. Bien sûr que je le sais. Ils sont si près. Je pourrais les toucher. Je peux presque les respirer. Vous les voyez qui tourbillonnent sur le coussin ? Oui oui, j’ai bien dit : ils tourbillonnent. Dans le sens inverse des aiguilles d’une montre qui tourbillonne. Moi-même je m’accroche actuellement au bord de ce divan pour ne pas être emporté. S’il m’emportait j’atterrirais sur elle, juste contre elle, posé, comme sur un rocher. Vous seriez choqués ? Sur elle au beau milieu de l’océan, au beau milieu de ces cheveux odorants et doux, ces cheveux qui ne demandent qu’à s’envoler, ces cheveux de folle anobjectale joliement endormie. Je tomberais sur elle. Je deviendrais tout petit. La patiente se réveillerait alors. Elle aurait mal à la tête. Ce serait moi qui marcherais dans sa forêt. Sa forêt de cheveux. Je peux les sentir vous savez ? Si je ferme les yeux je peux les sentir. Il suffirait que je tende un peu la main. Juste un peu. Là, comme ça. Non ne la regardez pas, vous allez la réveiller. Regardez-moi. Regardez-moi qui tend ma main. Non, ne regardez pas ma main. Regardez-moi. Souriez. Faites comme si vous me connaissiez. Je vous ai dit quelque chose d’amusant alors vous riez. Vous riez, mais pas trop fort. Ne la réveillez pas. Regardez moi qui pose ma main sur elle.
Doucement.
Si elle se réveille ? (Il retire sa main rapidement) Oui bien sûr. Elle pourrait se réveiller. Elle se réveillerait en sursaut et elle aurait peur. La patiente aurait peur. Elle souffrirait d’un traumatisme anaclytique, et moi, moi, je la prendrais dans mes bras et je la consolerais. Elle sourirait et son pli, là, au coin des lèvres, ferait comme une porte qu’on tire, une porte qu’on ouvre. Il y aurait des dents derrière la porte et à l’étage, ses yeux riraient et je serais sauvé. Ses yeux riraient. Ses yeux de folle follement jolie. Ses yeux de folle follement jolie. Ses yeux de folle follement jolie.
(Tout en répétant la phrase, il la regarde et se penche doucement comme pour l’embrasser)
Ses yeux de folle follement jolie.

Elle ouvre les yeux.

Noir.