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26.09.2007

Conte de Noël



Comme dans un rêve.
Je commence par me déguiser en grande, une jupe et un chemisier immonde, horreur du Noël de dernier, mais qui? J'ai pas de perles, dommage, pour parfaire le tableau. Je déballe le maquillage-qui-fait-dame, la moitié des tubes sont secs. Crache dans le mascara comme la grand-mère faisait. Je finis par des talons-casse-gueule, un truc de pute acheté chez Chauss'Land. Je me tord les chevilles, Chris rigole : "On dirait Bambi!" Ta gueule mais je ris aussi. Tout est trop petit j'ai dû grossir, la jupe me boudine. Je tire dessus mais elle remonte quand même, garce. Chris, lui, est impeccable et c'est bien ce que je lui demande, que ma mère l'adore et qu'elle m'oublie un peu.
On s'envoie un verre dans la cuisine mais j'ai déjà la tête qui tourne. "Allons-y ma mie!" Il est hilare, une grosse plaisanterie pour lui. Allons-y. Donc.
On arrive à l'heure, un exploit, mais tout le monde est déjà là, ça compte?
"On vous attendait!"
Ca comptait pas donc et j'ai envie d'enlever mes barrettes. Qu'est ce qui m'a pris de me coller ces trucs dans les cheveux? J'ai trop tiré, j'ai mal. Ma mère me bave dessus, "Je t'ai mis du rouge", c'est du rouge ça? Un truc orange sur ses lèvres minces à force d'être pincées, son faux sourire. Sorcière, je pense. Mon frère me dévisage, "T'as un truc de changé?" Sa femme Véra se précipite, "Il te va comme un gant ce chemisier!" C'était donc elle cette horreur vert pomme.
Pour les distraire, je pousse Chris sur le devant de la scène, vas-y Chris, fais ton numéro. "Je vous présente mon ami Christian". Ca se bouscule au spectacle, ça tord le cou. Mon "petit ami" se tourne et sourit, "Enchanté de..." J'en profite pour aller picoler avec papa. Les yeux brillants, déjà un peu parti, mon gros capitaine dont tout le monde se fout. On boit en silence le punch de Véra qui glousse au loin. Elle a l'air encore enceinte, un bide ou je rêve? Mais les autres semblent se fatiguer et Chris ne les tient plus. La vague avance, menacante. Ma mère me repère près du buffet, ouvre la bouche. J'entends travail, argent, vacances, des points d'interrogation un peu partout. Comme d'habitude rien dans mes réponses ne semble lui convenir, rien à raconter, une purge cette gamine, déjà petite, toujours toute seule dans sa chambre etc.... Mais taisez-vous un peu, mon frère-l'éminent-cardiologue va parler. Une main sur les tripes arrondies de sa pondeuse préférée, "On voulait t'annoncer", quatrième rhum.
Papa s'est éclipsé, balles neuves. "C'est prévu pour avril", bonheur, bonheur. J'attrappe un canapé au tarama, il faut que je mange. Chris aussi a disparu, avec une bouteille de Whisky semble-t-il. Entracte. La couvée de Véra débarque en hurlant et manque de renverser le sapin. Bordel intense mais bref, ma mère leur colle des cacahuètes dans les mains pour les faire déguerpir. Véra au service : "Et vous c'est pour quand?" J'ai un temps de flottement, de quoi tu causes? Un indice chez vous, elle se caresse le ventre. L'idée même de coucher avec Chris me fait bien rire, pas elle. Elle répète, "C'est vrai quoi", sous-titres dégueulasses en bas à gauche avec mon âge en rouge clignotant. "Faut grandir un peu", tu l'as dit petit frère, je tends la main vers le saladier, 5ème punch. Penser à préparer des fiches pour la prochaine fois, kessapeutfoutre qui monte aux lèvres. Je regrette les conversations sur mon absence de boulot ou d'appart, arrive à décrocher un sourire, "Tu sais on a encore le temps". Ce serait parfait mais Chris revient en titubant et me roule une pelle en bonne et due forme. Ne plus jamais le faire passer pour mon mec. Je panique, il entreprend de me peloter sérieusement les fesses, "Mais c'est qu'ils vont en faire un maintenant!", réplique d'anthologie. J'arrive à me dégager, quelque chose ne va pas ou plutôt rien ne va, impression d'être seule et minuscule, de rapetisser à l'intérieur. Une voix: "ça sent le cramé!", je suis bien d'accord. Ma mère hurle, "La dinde!", mais je ne sais pas encore qu'on ne parle plus de moi. Je vois Véra prendre une mini-pizza et j'ai envie de lui hurler dessus, lui hurler de se faire ligaturer les trompes.
Tiens, y a plus de bruit. J'ai dû hurler, d'ailleurs ça va mieux. Je peux enfin rire, Chris rit aussi et on se tient les côtes. Je finis par vomir dans le sceau à Champagne et Chris me balance sur son dos. Je vois ma famille la tête en bas, immobile comme pour une photo, clic! que j'emmène avec moi. La porte se ferme derrière nous avant que ma mère ait pu m'insulter.
Plus tard dans la voiture, Chris dort sur le volant et moi je pleure.

Commentaires

Grandiose, y a pas d'autres mots, des émotions acides très bien écrites, un régal, vraiment !! Salut admiratif, tête inclinée vers l'avant... si j'avais un chapeau,il serait bien bas.

Ecrit par : Familles Je Vous Hais | 26.09.2007

E-xce-llent !!

(C'est bon, je viens de me rincer la bouche) :-)

Ecrit par : Frenchmat | 26.09.2007

Dis donc, Noël, ce n'est que dans trois mois... Alors déjà que, de comprendre aujourd'hui même (nez qui coule et vent froid dehors) que nous sommes en automne, me rend un brin chiante, faudrait pas venir me quiller un p... de cafard d'hiver ! Non mais !

Ceci dit ça fait du bien de lire ça quand même ! Un vrai régal !

Ecrit par : Anange | 26.09.2007

Une Bridget Jones très trash.

Ecrit par : Ellie | 26.09.2007

J'en ai un peu marre de voius dire que je vous aime : vous ne pourriez pas, de temps à autre, chère Lina, écrire un texte de merde, que je puisse un peu me foutre de vous? (S'il vous plaît : c'est important, pour mon équilibre...)

Ecrit par : Didier Goux | 26.09.2007

Je me joins à Monsieur Goux pour vous alerter chère Miss Loca sur la difficulté que j'éprouve depuis quelques temps à vous laisser des commentaires : une fois tous les compliments et les superlatifs épuisés je ne peux que me répéter... ! même si vos textes, toujours sublimes, me surprennent à chaque fois je crains de ne bientôt plus savoir comment vous le dire !!! Alors s'il vous plait, pondez nous une poése adolescente aux rimes attendues, un texte mou ou sans émotion, je sais pas moi, au pire copiez sur quelqu'un d'autre !!! Faites un effort bordel !

Ecrit par : O'fly | 26.09.2007

Elle aurai pu aussi, s'assoir sur le canapé en en choisir un au tarama.


Lina, ne faites pas attention aux gens qui en ont marre de vous dire qu'ils vous aiment, ils sont simplement frustrés de ne pas être aussi excellent que vous ;-)

Moi je vous aime et je vous le redis je vous aime.

Ecrit par : Isa | 26.09.2007

Et le pire, c'est qu'on prend les mêmes et on recommence pour les anniv !!
Il n'y a qu'une solution : Fuir !

Ecrit par : mcbob | 26.09.2007

O'fly : formons un front anti-LinaLoca : il est plus que temps !!!

Ecrit par : Didier Goux | 26.09.2007

La famille, ça m'saoule !
Les repas de famille, ça m'gave !
Les réunions de famille, ça m'donne envie de vomir !
Comme je la comprends...
Mais où est donc passé ce putain de punch ???

Ecrit par : Plum' | 26.09.2007

Excellent comme d'hab !
Pareil ! les réunion de famille, ça me gave ! J'ai vécu aussi des évenement pittorésques un peu différents, mais dans le fond si identiques.

Vive mes amis et dernier neveu !

Fred ;-)

Ecrit par : .:LeMoine:. | 28.09.2007

Déjà que j'aime pas Noël; y fait froid, on voit pas le jour, et je suis toujours raide comme un passe-lacet.
Mais alors là, je vais le voir radiner avec un plus des relents de punch mal digéré.
Merci Linaloca et à la tienne!

Ecrit par : berthoise | 28.09.2007

L'avantage quand la famille est très très très réduite, c'est qu'il n'y a pas de réunions de famille...
Et si jamais il y en a, une bonne gastro la veille évite de finir en larmes dans la bagnole !

Ecrit par : Miss Alfie | 04.10.2007

On peut partir au bout du monde, dire qu'on a une gastro ou un nouveau germe de la peste noire, regarder Foucault embrasser le Père Noël à la télé, pourquoi pas se faire une pizza aux huitres, ou aller vômir dans la forêt de bonzaï de sa mère pour être sur de ne pas être ré-inviter à Noêl prochain ...

Super Texte et merci de votre passage du côté de mes mots ...

Selig

Ecrit par : selig | 06.10.2007

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