10.08.2007
Journal d'un cocu

Ma femme me trompe.
Dès notre rencontre je l'ai su, à la manière dont elle avait regardé autour d'elle au restaurant, l'air dégagé mais cherchant quelqu'un. J'ai soupçonné immédiatement le serveur (j'étais jeune et inexpérimenté à l'époque) mais avec du recul je penche aujourd'hui pour un autre client. Peut-être le gros à droite qui transpirait. Il m'avait paru fortuné, du genre à prendre du homard (ce qu'il avait fait). Ou bien le type avec un blouson en cuir, costume d'aventurier. Oui ce devait être lui.
Peu importe : elle me trompait déjà. Je me hâtai donc de l'épouser pour en avoir le coeur net et parce que, voyez vous, je l'aimais. Et puis soyons honnètes, je pensais que ça lui passerait. Ou tout du moins je pensais qu'elle vieillirait assez vite et que l'idée de coucher avec ma femme passerait aux autres hommes. Malheureusement ma femme restait jolie, elle continuait de me tromper.
Elle a commencé par s'absenter de la maison chaque jour. J'ai trouvé un travail, avait-elle dit un soir. Je suppose qu'elle ne mentait pas : un amant régulier représente à coup sûr un travail considérable et le sien semblait particulièrement exigeant. Il la faisait venir également le week-end. Je vais faire les courses, disait-elle avant de partir, sac sur le bras et liste en main. Le souci du détail vraiment car ma femme est intelligente. C'est bien là tout le problème. Elle revenait toujours des courses avec les courses (vérification faite, les produits rapportés concordaient généralement avec la liste) et du travail avec un salaire. Cette histoire nous rapportant de l'argent, notre ménage aurait pu être très heureux. Son amant n'était certes pas généreux mais je supposais qu'il s'agissait d'une sorte de dédommagement. Ce genre de chose doit exister entre mari et amant, mais je comprends aisément qu'il n'y ait aucune règle écrite.
Je n'ai jamais rien dit par conséquent mais l'idée de voir le visage de l'Autre ne m'a jamais quitté. Je ne crois pourtant pas être exigeant et c'est bien là la preuve que je suis un mari exemplaire, mais connaître ou au moins apercevoir l'amant de ma femme me paraissait être chose banale.
Pourtant elle n'a jamais voulu, ma femme, nous présenter. Elle repoussait mes questions quotidiennes d'un geste qu'elle voulait las et soupirait, je n'ai pas d'amant. Ha! Pas à moi! Mais la femme a ses raisons et peut-être la mienne avait-elle sa timidité.
J'en étais donc réduit à la faire suivre comme le premier mari venu. Là encore j'opérais en silence et sans me plaindre. Exemplaire. D'ailleurs, le mariage avait eu ça de bon que je pouvais désormais suivre facilement ma femme. Je m'étais tout d'abord chargé de la tache quand, jeunes mariés, nous ne roulions pas sur l'or. Quels bons moments nous vécûmes alors, moi recroquevillé derrière mon volant, elle faisant mine d'aller à son travail, au supermarché, à son cours de couture, chez une amie d'enfance. Bien sûr, l'amant restait invisible, malin comme ma femme, ce qui plus d'une fois me rendit fier.
Enfin mon père mourut et j'héritai. Je pus dès lors sous-traiter sereinement ma délicate affaire aux meilleurs détectives, Tony, Franck, Charles et Fred, que j'employais à plein temps et en alternance, faisant également surveiller l'un par l'autre. Malin moi aussi. Quel couple vraiment! Nous sommes devenus amis avec le temps, Tony, Franck, Charles, Fred et moi et jamais je ne leur en voulus de n'avoir rien trouvé.
Ces derniers temps pourtant l'amant, jusque là fort discret semble prendre ses aises, et ma femme, le croirez-vous, ne dort plus chez nous. Cela a commencé il y a deux semaines maintenant et même Tony, Franck, Charles et Fred n'ont pu trouver sa trace. Ils ont tous les deux disparu. J'ai beau me raisonner, je trouve ça cavalier : un amant doit rester dans les limites du domaine qui lui est réservé. Chacun sa place, c'est ce que je pense. Pour couronner le tout hier, en voulant fouiller comme chaque jour le placard de ma femme, je l'ai trouvé vide. Plus de robes, plus de bas, plus de chemises de nuit. J'ai cherché un peu partout dans la maison mais n'ai pu remettre la main dessus et je me rends compte aujourd'hui que le reste de ses affaires est également manquant. Y compris, je le précise, sa brosse à cheveux en poils de sanglier.
Je ne sais pas à quoi ils jouent tous les deux, et pourquoi on peut avoir besoin de sa brosse à cheveux chez son amant. Cela ne me dit rien qui vaille et je trouve scandaleux vraiment que ma femme me fasse ça à moi. Moi qui suis pourtant un mari exemplaire.
09:00 Publié dans Histoires de Je | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, Nouvelles et textes brefs, cocu









Commentaires
C'est ça, ma rivale à moi, c'est son absence.
Des bizettes
Ecrit par : Mélina LOUPIA | 10.08.2007
Ma rivale à moi, c'est mon attente...
Ce texte me rappelle le Journal d'un fou de Gogol et puis le personnage jaloux de Vacances Anglaises.
Et puis il faut que je t'avoue un truc : j'ai lu ton texte à l'envers, paragraphe par paragraphe (oui je sais c'est un peu tordu comme idée, mais au départ je voulais connaître la fin rapidement, savoir si finalement il la tuait, etc). Et bien, ça fonctionne aussi très bien dans ce sens-là.
Ecrit par : anange | 10.08.2007
Le plus simple ? N'avoir ni femme ni mari ! :p
Ecrit par : Miss Alfie | 10.08.2007
Beau texte qui m'a fait penser "À l'ombre des maris " de Georges Brassens.
Il avait bien raison le père Georges, rien ne vaut l'épouse inconstante.
Ecrit par : Hominlupus | 10.08.2007
Clap ! Clap ! Clap ! J’applaudis des deux mains – il faut dire que c’est plus facile qu’avec une seule. Première visite, premier texte lu, bingo ! Je crois que je vais lire la suite…
Ecrit par : Vagant | 10.08.2007
Aouaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhh !!!!!!
Miss ! C'est génial ! Je rigolais comme un grognard ivre de votre style pendant la campagne de Russie.
(La première partie bien-sûre, celle qui réussissait bien au plus ambitieux des nains)
J'ai voulu d'abord me baisser et faire une réverence, bien basse pour saluer votre talent.
Mais trouvant ma courbette pas assez basse et flatteuse à l'égard de votre susdit talent, j'ai décidé de creuser le sol, pour vous saluer encore plus bas.
Et avec jeté de bras et remuage de chapeau comme á la grande époque ! Et oui ! madame ! Fait pas semblant le Moine.
Alors ! je creuse ! Je creuse ! Et je teste ! Dès que j'ai trouvé la bonne profondeur je tiens au courant.
Donc pour l'instant Dame Loca je vous salut temporairement bien, bien,bien,bien,bien,bien,bien,bien,bien,bien,bien,bien,bien,bien,bien,bien,bien ....... bas !
Fred ;-)
Moine spécialisé dans l'etiquette des sous-sols !
Ecrit par : .:LeMoine:. | 10.08.2007
J'ai l'impression que je ne suis pas le seul à vous lire...
ça m'inquiète...
Je vais vous faire suivre de plus près par mon netv*b*sagent !
(taadaa !)
Ecrit par : BlueG | 10.08.2007
Brrr ! Cela me fait penser au film de Chabrol, l'Enfer.
Lorsque fantasmes et paranoïa prennent le pas sur la réalité...
Ecrit par : Plum' | 10.08.2007
Qui vit jaloux meurs cocu !
Ou :
Qui vit jaloux a le vit aigri :-)
(mais je suis mal placé pour dire ça parce que justement, je suis bien placé pour le dire...)
Ecrit par : Frenchmat | 10.08.2007
Ah ma bonne dame, on ne sait plus à qui se (cocu) fier !
Ecrit par : Ellie | 10.08.2007
Dites moi, dites moi qu'elle est partie pour un autre que moi mais pas à cause de moi, dites moi ça...
Ecrit par : bon_sens | 10.08.2007
Découvert ce blog et cette (bonne) nouvelle, grâce à Ellie (merci beaucoup). C'est vrai que ça fait penser au film de Chabrol "l'Enfer". Jaloux sans raison, ça doit être horrible (pour les deux personnes) ...
Du coup, je continue à regarder ce blog (à reculons) avec tous les commentaires dont certains m'amusent beaucoup !
L'humour est une grande qualité.
Ecrit par : Claude | 10.08.2007
" Jaloux sans raison, ça doit être horrible (pour les deux personnes) "
Jaloux, c'est toujours sans raison, pauvre pomme ! Jaloux avec raison, ça se dit "cocu", et on sombre dans le boulevard.
Et l'humour est tout ce qu'on veut sauf une qualité.
Ecrit par : Didier Goux | 10.08.2007
A Didier : en c qui concerne l'humeur, c'est quoi être "tout" ? C'est une peu court, jeune homme, comme dirait Cyrano.
La pomme te remercie bien pour ce charmant commentaire de commentaire.
Ecrit par : Claude | 13.08.2007
PS. à Didier :
Faute de frappe : humour, pas humeur, of course.
Ecrit par : Claude | 13.08.2007
Ah ! oui, c'est vrai qsue j'ai été stupidement agressif, je me demande bien pourquoi... Devais être de mauvais poil...
En tout cas, je vous prie d'accepter les plus plates excuses d'un imbécile bien piteux !
Ecrit par : Didier Goux | 13.08.2007
Pas besoin d'excuses, Didier, je ne t'en veux pas. Et tes commentaires prouvent bien que tu n'as rien d'un imbécile. En dehors de celui-ci, je te trouve plutôt très amusant.
Bon, je reprends mes lectures de blogs. Suis trop heureuse d'avoir connu ceux d'Ellie et de Linaloca, et je vais peut-être en trouver d'autres tout aussi intéressants. Là, en ce moment, je suis à fond dans les tabblos, ces sites de photos où l'on trouve des merveilles (enfin je trouve ; c'est que je suis un peu traumatisée, je n'ose plus trop rien dire ...).
Quand même : félicitations Linaloca, tu as le sens de l'étrange et un talent certain. Amitiés.
Ecrit par : Claude | 13.08.2007
C'est vrai ? Je suis pardonné ? Vite ! allons danser nu dans le jardin ! Ébattons-nous, comme de petits faunes grassouillets !
(C'est quoi la sirène, là ? Ah, merde, la police...)
Ecrit par : Didier Goux | 13.08.2007
Cette histoire me ressemble presque! A part que moi elle les invitait à la maison sans complex. Mais la ou ça change avec moi c'est qu'elle n'en avait pas un mais plusieurs. Jusqu'au jour ou moi j'ai invité mais collegue de travail, pratiquement que des femmes à l'époque. La ma femme n'a pas apprécié du. Je savais de toute façon que mon couple ne tiendrai pas,mais mes enfant eux étaient bien et son toujours la. Aujourd'hui, je ne vois plus mes enfants depuis 2005, et elle me répond que très rarement au téléphone. En 3 ans 5 fois et pas de 5 minutes à chaque fois. Par contre il ne faut pas oublié de verser la pension alimentaire sa va de soie. Voila pour mon histoire perso sans tout les détails biensur.
Ecrit par : nicolas | 24.06.2008
Apprenez à vivre sans la merde de l'autre et vous atteindrez cette approximation qu'on appelle BONHEUR
Ecrit par : mamere | 14.12.2008
tu es cocu!!!! y a bien une raison!regarde toi et tu sera pourkoi
Ecrit par : renater | 04.10.2009
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