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13.07.2007

Fin de partie

Le soir où Momo est mort, j’ai dit comme ça,
- Les femmes c’est trop compliqué.
On était tous là autour de Momo qui venait d’épouser la veuve de lui-même, comme un grand, et j’ai dit,
- Les femmes c’est trop compliqué.
Momo, il se balançait encore au bout de sa corde, il avait la bouche ouverte et la langue qui dépassait sur le côté. Je me souviens qu’un type est venu demander si c’était ouvert et Nadia a crié :
- Non connard !
Et puis elle s’est mise à gueuler, à gueuler à n’en plus finir.
Zig a été obligé de lui coller une baffe. Pour la calmer j’entends.
Pendant ce temps là il y avait encore les pieds de Momo qui oscillaient bizarrement au dessus du zinc. On aurait dit qu’il y avait une petite brise qui le poussait pour qu’il bouge. Alors que Momo le pauvre, ça faisait un bail qu’il bougeait plus.
On est restés un moment comme ça à se regarder et à le regarder lui, Momo, et c’est là que j’ai dit,
- Les femmes c’est trop compliqué.
Otor m’a balancé comme ça :
-De quoi tu causes là. Tu vois pas que t’es hors sujet ?
Otor comprend rarement un second degré. Otor c’est noir ou blanc, et si c’est beur ça dégage de son bar. Il est comme ça, il aime pas les arabes. Sauf qu’il aimait bien Momo alors il a dit :
-Pauv’vieux
En regardant . Sans rancune, rien, alors que Momo, avec sa partie de balançoire, venait de lui pourrir la recette du soir.
J’aime pas trop qu’on me ventile comme ça alors je suis revenu à la charge. Les autres sont gentils mais comme Otor il faut leur mettre les points sur les i et les barres enfoncées.
-C’est à cause d’une femme, j’ai dit.
Nadia a fait,
-Quoi ?
-Qu’il s’est tué, j’ai fait, en gardant mon calme même si c’était vraiment con de demander ça.
-Momo il a jamais eu de femmes.
Nadia elle comprenait vraiment rien de rien.
-Bien sûr qu’il en a jamais eu. Tu vois le résultat…
J’étais pas peu fier de ma démonstration alors j’ai donné une petite pichenette dans les pieds de Momo. Pour l’effet.
Je crois que ça a réveillé Otor. Il nous a gueulé qu’il fallait dégager le macchabée de son bar vite fait parce que ça faisait fuir le chaland. On a fait grimper Nadia sur le bar pour qu’elle aille défaire le nœud de la corde. Elle a mis un temps fou avec ses gros doigts boudinés.
-Je crois qu’elle a forci un peu, Nadia, dernièrement.
J’ai dit ça en douce à Zig pendant qu’on retenait Momo pour pas qu’il dégringole dans la collection de liqueurs. Avec Zig on a porté le corps jusque dans l’arrière boutique. On l’a posé par terre et c’est là que j’ai vu que la braguette du Momo était ouverte. Je l’ai rezippé pour qu’il soit correct quand on ferait venir les flics et tout, et à part j’ai pensé que tout ce merdier c’était décidément à cause d’une nana.
Otor a encore gueulé, à croire qu’il savait plus parler correctement :
-Pas là !! Y a des rats !!
Simon a débarqué alors qu’on remballait Momo pour le coller dans le jardin.
-Qui c’est qui t’a appelé ? j’ai fait.
Je savais que c’était Nadia mais j’aime pas Simon: sa gueule, ses fringues, y a rien qui me revient. Il fait louche même à la messe.
Alors Simon il a dit comme ça,
-Vous auriez pas dû le toucher ! Un suicidé, ça se touche pas. Vous avez effacé la moitié des preuves avec vos conneries !
Simon, depuis qu’il était agent, il se prenait pour Maigret.
Alors Zig, qui peut pas l’encadrer non plus, il lui en a collé une. Pour la forme. Faut dire, on était un peu fatigués depuis le temps qu’on gambergeait sur le cas Mo.
Simon a pas osé se battre sur le coup, Zig fait deux têtes de plus et j’avais déjà empoigné une bouteille sur l’une des étagères. Il a filé avec son boudin en jupe sous le bras et Otor a gueulé :
-T’es viré !!! à Nadia au passage.
On aurait bien rit sur le coup mais on s’est vite dit que Simon allait rappliquer avec une bande de poulets chauds comme la braise.
Il y a avait plus qu’une chose à faire c’était se casser en vitesse.
Le problème c’est qu’Otor a dit :
-Hors de question que je laisse mon bar et comme il était hors de question de laisser Otor, on était marris.
Les flics, ils en avaient plus que pour un quart d’heure grand maximum avant de débarquer, et depuis le temps qu’ils attendaient de nous serrer avec Zig, ils allaient pas traîner en route. Otor aussi était dedans jusqu’au cou avec un macchabée dans les torchons à l’arrière et une serveuse prête à balancer n’importe quoi.
Alors, grande classe, Otor a ouvert le tiroir-caisse et a sortit un paquet de fric. Il a fait venir le petit commis qui récurait les chiottes depuis tout ce temps, et il lui a dit de filer tout ça au gars des pompes funèbres.
-Dis lui qu’on veut le meilleur, qu’il lui a fait. Le plus cher. Un truc matelassé genre grand confort. Qu’il soit bien Momo.
-Même sans nana, j’ai ajouté.
Avant de le lâcher dans la nature, Otor a pris la tête du petit entre ses mains et il l’a collée contre le zinc.
-Direct chez les pompes funèbres, capiche ? Et t’avise pas d’aller t’acheter des carambars avec mon fric ou je te pulvérise avec le ballet à chiottes.
Le petit a filé aussi sec et Otor, Zig et moi on s’est assis au bar. Otor a débouché un cognac de son vieux, un truc qu’il réservait pour les grandes occasions, il a dit. On a trinqué dans les verres à Ricard. Moi je répétais,
-Les femmes, c’est trop compliqué !
Et Zag et Otor secouaient la tête en ricanant.
Finalement on était bien comme ça tous les trois et quand les flics ont débarqué on était déjà fin bourrés.

Commentaires

J'ai encore les manches poisseuses de m'être accoudée à ce rad, merci pour ces évasions quotidiennes !

Ecrit par : Ofly | 13.07.2007

je vois encore les pieds de momo faire des 8 juste au-dessus du zinc... et j'imagine ensuite le doigts de Zig, l'air de rien en buvant son verre, faisant les même 8 incessants...

Ecrit par : arpenteur | 13.07.2007

Chère Lina, j'aime assez votre style et votre blog - découvert quasiment par hasard. L'idée de la délocalisation littéraire est très originale et intéressante. Continuez ainsi, je passe tous les jours.

Ecrit par : Sévy | 13.07.2007

Hmmm, il y a quelques perles subtiles dans ce texte.
Bravo !!

Ecrit par : Frenchmat | 13.07.2007

Excellent, haletant, j'en ai oublié mon cafay :)
Des bizettes

Ecrit par : Mélina LOUPIA | 14.07.2007

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